A Elisabeth Ronzier – Savez-vous pourquoi vous serez à la « Manif Pour Tous » ?

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Cet article, comme vous le laisse entendre son titre, se veut être une réponse à celui que vous avez posté le 11 janvier 2013 sur le site du très convenu Huffington Post. Je n’ai pas pour habitude d’adresser mes articles nommément, pas plus que je n’ai pour habitude de quitter l’habit du pronom impersonnel pour celui bien moins anonyme et objectif du pronom personnel. C’est pourtant à vous, personnellement, que je veux m’adresser aujourd’hui. En effet, vous avez pris la responsabilité d’haranguer la foule des lecteurs du Huffington Post sous l’étendard de votre présidence d’ S.O.S Homophobie et je réponds à cette harangue en prenant soin de vous laissez toute la responsabilité de votre discours. Aux lecteurs, ensuite, de s’accorder à l’un ou à l’autre.

Vous introduisez votre article en reprochant à une certaine frange de la population, je cite, « d’empêcher un projet de loi visant à inclure dans le droit conjugal et familial (…) des couples et des familles qui en sont aujourd’hui exclus ». Cette première assertion n’est pas véridique; du moins ne l’est-elle pas entièrement. S’il est certain qu’une partie de la population lutte contre le droit à l’adoption par les couples homosexuels, contre la GPA et la PMA (que l’on peut classer dans le droit familial), il est inexact de dire que ces mêmes personnes s’opposent à toute forme de droit conjugal; en l’espèce, ces mêmes personnes sont tout-à-fait favorables à ce qu’un régime « conjugal » soit ouvert aux homosexuels (et le PaCS en est le premier soutènement, que l’on peut améliorer au besoin) mais se refusent simplement à l’extension d’un droit que l’on pourrait appeler « marital » : ce dernier se voulant être une réponse légale à une situation juridique spécifique répondant à certains critères (notamment la différenciation des sexes au sein du couple) et qui, partant, répond parfaitement au rôle du droit consistant à trouver des réponses spécifiques à des catégories juridiques différentes. Je suis presque confus de le dire à la Doctorante en Droit que vous êtes.

Cette prise de position est donc fondée sur le respect de la différence et sur une juste définition de l’égalité, selon laquelle on règle de façon différente, des situations différentes. On peut, dès lors, souhaiter un régime spécial, venant réprouver la mise à mal de toute une catégorie de population au nom d’une autre catégorie : y-a-t-il en France, et en droit français, des catégories considérées supérieures à d’autres qui justifieraient des aménagements juridiques injustes? Ce serait une atteinte privative de droits pour ce qui constitue encore la norme de notre société, l’union hétérosexuelle; ici, le mot « norme » est à prendre dans le sens de règle générale, de « majorité », et ne fait aucunement référence à une hiérarchisation de valeur.

Et la suite de votre article reprend cette inexactitude en affirmant que le fer de lance de ce combat consiste à dire « qu’un seul modèle doit être protégé par le droit: le modèle hétérosexuel ». Je crois que la démonstration qui précède répond parfaitement à ce « tacle » rhétorique : protégeons le modèle homosexuel, mais à l’aune de ses caractéristiques, par rapport à son identité propre et non pas par analogie au modèle hétérosexuel. Cette analogie est une négation de l’homosexualité comme sexualité propre, et se trouve être une injure aux homosexuels et à la revendication de leur différence : en effet, cette tentative de comparaison ne mène qu’à une « normalisation » du couple homosexuel (et ici, « normalisation » signifie « rattachement à la norme dominante ») dans laquelle réside la seule véritable homophobie. Voilà pourquoi tant d’homosexuels ne veulent pas ce mariage, d’ailleurs (Philippe ArinoGuillaume BongibaultRenaud Camus).

Puis, vient l’heure de ce que vous appelez vous-même les « contre-vérités » et les « mauvaises analyses ».

Votre préambule, d’abord : « ce projet de loi concerne uniquement le droit civil, républicain et laïc et (…) il n’est pas question de mariage religieux. ». Bien, et ensuite? Un seul porte-parole du « Mariage pour Tous » a-t-il laissé entendre une seule fois qu’il confondait mariage civil et mariage religieux? Bien au contraire, ils se sont tous appliqués à dire qu’ils étaient conscients de la distinction et qu’ils parlaient d’abord en tant que citoyens et, pour certains, en tant que représentant de catégories faisant partie intégrante de la population citoyenne, au sein de laquelle chaque individu est « éga(l) en droits » (Article 1 DDHC), « sans distinction (…) de religion » (Article 1 de la Constitution de 4 octobre 1958). A ce stade, il n’est donc pas incongru ni même illégitime de parler en tant que citoyen chrétien ou citoyen musulman ou citoyen juif. Eh quoi! Tous ces citoyens portant confession en leur cœur seraient-ils obligés de renoncer à ce qui fait une part massive de leur identité au nom de la Loi civile? L’Etat protège tous ses citoyens et à ce titre ils sont tous intéressés par sa législation.

Qui plus est, il est du devoir de chaque citoyen de participer par sa voix ou ses actions à l’ordonnancement de la société dont il est membre et nul ne pourrait voir ce droit restreint sans qu’aussitôt il crie à l’injustice et à l’inégalité. Nul ne vous interdit à vous de vous exprimer, et c’est somme toute normal aux yeux de l’universalité inhérente aux réformes civilisationnelles.

La terminologie au sein du Code Civil, ensuite : votre argumentation postule que les termes ne seront pas autant changés qu’on le dit et seulement à certains endroits dudit code. La chose est possible voyez-vous, certaine même. Mais contrairement à ce que veut bien faire croire la Doxa moderniste, il est, au-delà des problèmes de formes, certains problèmes de fond. Ceux-là, et je ne vous en veux pas, vous les excluez. Je ne vous en veux pas parce que l’enseignement juridique subit les mêmes travers que tous les autres enseignements : il engendre plus de techniciens que de philosophes. Il n’y a qu’à voir la constante spécialisation du Droit et la réglementation prolifique en découlant, faisant oublier que le droit ne doit pas être sa propre source mais l’expression matérielle de principes supérieurs, que sont le Droit Naturel et la « morale universelle », par exemple.

Le fond, qui est atteint au-delà de la forme, c’est celui de la nature, de l’ordre naturel : celui qui s’impose à nous comme une évidence, à savoir la complétude des sexes dans la constitution de l’enfant (aussi bien physique que psychologique) et dans la garantie de son équilibre affectif et identitaire. Il n’est, selon vous, pas prouvé « scientifiquement » (et je rejette ici l’idéologie dominante qui fait de la science la « déesse Raison ») « que la famille hétéro parentale est plus favorable à l’épanouissement d’un enfant que la famille homoparentale ». Mais il n’a pas été prouvé que les deux modèles étaient équivalent car comme le rappel très justement le député Jean-Dominique Bunel, fin connaisseur de la question, il n’a jamais été fait d’étude sérieuse venant corroborer l’idée que la famille homoparentale offrait la même sécurité « psychique » dans le développement de l’enfant. Cela peut faire l’objet d’un débat, et il est toujours bon de débattre et d’opposer les thèses pour s’approcher un peu plus de la vérité; pour l’heure, l’Histoire des Sociétés montre que le modèle hétérosexuel comme cellule collective de base de la société a fait ses preuves et a montré sa viabilité.

Ensuite, vous revenez sur le « droit à l’enfant ». L’argument consiste souvent à dire « oui mais eux aussi (les homosexuels) ont le droit d’avoir des enfants et de construire une famille ». Ceci est effectivement dénoncé comme étant le renversement d’un droit. Sur la base de l’argumentation développée plus haut, s’il n’est pas de « l’intérêt supérieur » de l’enfant d’avoir des parents de même sexe pour son propre développement et pour son propre équilibre, alors la volonté seule du couple homosexuel n’est pas suffisante pour exiger un droit à l’adoption.

Il faut même aller plus loin. Le choix de l’homosexualité, comme acceptation d’une orientation sexuelle choisie ou « innée », empêche, de prime abord, la personne qui a fait ce choix d’avoir un enfant : en ce qu’il a choisi une association sexuelle qui, dans l’ordre de la nature, ne lui permet pas de procréer. Dans cet ordre d’idée, il est parfaitement concevable que la situation soit vécue de façon douloureuse pour ces « parents potentiels » mais frustrés dans leur désir. Cependant, la situation de frustration qui a été créée n’est pas une injustice de la nature, ni même une injustice sociale ou sociétale. C’est la résultante d’une situation de fait ou de choix. Partant, il ne peut-être requis comme un droit le fait de désirer un enfant : entre désir et droit le fossé est profond et toute situation de désir n’engendre pas nécessairement assouvissement de ce désir. L’assouvissement se situe dans l’ordre du besoin et non du désir. Il est vrai que dans une société de marché, dans une société consumériste, les notions de besoin et de nature sont largement dépassées au nom de la seule volonté. Que d’injustices commet-on en son nom !

Par ailleurs, que dire des parents stériles qui ne désireraient pas adopter mais qui voudraient un enfant naturel? Font-ils un procès à Dame Nature? Exigent-ils une loi naturelle spéciale pour remédier à leur incapacité? Il est des situations que le droit n’est pas à même de modifier ou de gérer dans la mesure où le droit n’est pas l’essence de l’Homme mais seulement une construction de celui-ci : sa fonction n’est pas de redéfinir la Nature ou la morale ou l’essence des choses mais seulement de les normaliser pour une meilleure lecture et pour les protéger, parfois contre l’Homme lui-même. Le droit positif n’est nullement « essentiel » mais « fonctionnel » et il n’est pas un principe premier mais seulement une résultante de principes premiers.

Pour conclure sur ce point, il n’est pas dit, par les institutions que vous dénoncez, que les homosexuels ne seront pas de bons parents individuellement : et l’on peut légitimement croire que deux femmes donneront suffisamment d’amour maternel à leur enfant; mais elles ne procureront que cet amour maternel, donnant toutes deux la seule chose qu’elles possèdent mais qui ne trouve sa complétude que dans l’altérité d’un amour paternel. Et vous conviendrez sans doute qu’une femme ne peut pas donner d’amour paternel à proprement parler, pas plus qu’un homme ne peut donner d’amour maternel. La Nature nous a fait hommes et femmes et sous ces vocables différents elle nous a donné des rôles et des capacités différentes qui se juxtaposent comme le Yin et le Yang sont complémentaires.

Il faut donc, enfin, en finir avec le mensonge consistant à dire que la Loi a pour objectif de « sécuriser l’enfant » et qu’elle est l’étendard de l’homophilie. Cette loi est une réforme profondément décivilisationnelle en ce qu’elle nie les fondements de l’Humanité telle qu’elle a évoluée jusqu’à aujourd’hui, en plus d’être particulièrement homophobe puisqu’elle ne fait que nier la spécificité homosexuelle, comme sexualité propre et comme situation conjugale unique.

Pour finir, vous vous fendez d’une magnifique analogie entre lutte anti-racisme, lutte anti-sexisme et lutte anti-homophobie, une analogie que je ne peux m’empêcher de reprendre. Il en est aujourd’hui du combat contre l’homophobie comme il en a été du combat anti-raciste ou anti-sexiste : l’anti-racisme a cessé d’être une morale pour devenir une idéologie, trainant derrière elle ses sbires moralisateurs que sont l’endoctrinement et la répression, et en en faisant un instrument de pouvoir. Ainsi en a-t-il été également du féminisme qui, voulant permettre la reconnaissance aux femmes de leur égalité de droit, a versé dans une sorte d’extrémisme (voir activisme si l’on s’intéresse aux mouvements comme celui des Femen) pour renverser la vapeur du machisme : remplacer un mal par un mal, voilà bien le combat. De façon identique, ce féminisme est devenu idéologie, pensée dominante ne souffrant aucune opposition sans que celle-ci ne soit derechef réprimée par la doxa. Ainsi en est-il aujourd’hui d’une certaine minorité se voulant homophile et à la tête de laquelle on trouve les acteurs inter-LGBT, image parfaite du lobbysme ambiant.

Et vous ne me contredirez pas sur ce point puisque vous savez tout comme moi que ceux que je dénonce ont eu les faveurs d’une audition présidentielle (allant jusqu’à décaler un rendez-vous avec un chef d’Etat, semble-t-il), tandis que les opposants à leurs idées n’ont pas même eu la faveur d’un rendez-vous au lance-pierre. Lorsque l’on invoque l’égalité de droits et l’égalité de traitement, on commence par s’assurer qu’il n’y a pas de privilèges dans sa propre maison.

Toute cette démonstration ne vise pas seulement à montrer l’inexactitude de vos propos, mais elle vise aussi à dénoncer l’amalgame général qui consiste à croire que la distinction et le respect de la différence, comme définis plus haut, sont une hiérarchisation quelconque et une invitation à la haine. C’est une leçon de philosophie et de respect qu’il faut en déduire et, partant, une leçon d’amour de l’Homme et de sa nature.

Alors puisque je vous sens guidée par un désir de vérité, je vous invite à venir manifester le 13 janvier 2013 aux côtés de ceux qui défendent l’égalité, le respect et la justice.

Manifester le 13 janvier c’est « pour tous » et c’est « contre l’homophobie ». Manifester le 13 janvier c’est accepter l’égalité et refuser la stigmatisation de la normalisation. Ne manifesteront le 27 janvier que les illusionnistes de l’homophilie.

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