Liberté, Responsabilité, Choucroute !

On pouvait s’y attendre : la manifestation du 27 janvier « n’a pas eu le succès espéré ». Quant aux chiffres, comme ceux de la « Manif pour tous » du 13, nous n’aurons jamais les mêmes que Manuel Valls. Lorsque l’on a quitté la démocratie pour un régime autoritaire qui ne dit pas son nom, il vaut mieux ne pas attendre grand-chose de l’Etat. Reste que pour le pouvoir en place, ces manifestations sont une aubaine… Libéralisme de droite et libéralisme de gauche marchent main dans la main. Ce débat « sociétal » est pour François Hollande ce que l’identité nationale était à Nicolas Sarkozy : un bon moyen pour diviser la société française et faire oublier sa soumission sans conditions à la finance, cet « adversaire sans visage » qui a doublé ses bénéfices en 2012 (Goldman Sachs) et empoché 21,3 milliards de dollars (JP Morgan).

Il n’est pas question de substituer la  »lutte contre les discriminations » par  »l’abolition de toutes les différences » mais de s’interroger sur les clivages majeurs qui sous-tendent ce débat de société : c’est a dire les oppositions entre relativisme et universalisme, droit positif et droit naturel, progressisme et conservatisme.

  • Le relativisme dit que tout est conjoncturel, l’universalisme quant a lui suppose que l’humanité est traversée par des grandes tendances quelques soient les époques et les cultures.
  • Le droit positif implique que le droit est le reflet d’une société à un moment T (dynamique) alors que le droit naturel définit des règles « conformes à la nature de l’homme » (statique).
  • Le progressisme est une idéologie théorisée à la fin du XVIII e siècle qui dit notamment que l’histoire à un « sens » (abolition de la lutte des classes, avènement de la démocratie libérale, etc). En opposition, le conservatisme ne se définit que par rapport à la réaction : penser que le sens de l’histoire est une vue de l’esprit, que l’évolution des sociétés dans un sens précis n’est pas inéluctable.

Le progrès, c’est l’instrumentalisation idéologique par la classe dominante de l’évolution des sociétés ordonnée à des intérêts politiques et financiers. La messe a été dite par Auguste Comte qui supputait qu’à un ordre « théologico-militaire » succèderait une ère « scientifico-industrielle ». De la boucherie de la guerre de 14 aux bombes sur Hiroshima et Nagazaki on a pu voir où cela pouvait mener. Pourtant les partisans d’une fondation naturelle du droit et les universalistes qui dénoncent la démesure de leurs contemporains sont aujourd’hui immédiatement traités de « crétins passéistes », voire « d’homophobes » par tous ceux qui déplorent le fait qu’on impose une limite à leurs projets.

Pour ça plusieurs outils : une vision fantasmée du sens de l’histoire, une foi viscérale dans la toute puissance et la pureté de la science ainsi que dans la croissance infinie de l’économie et du droit. Soit une destruction progressive et voulue de toutes les normes et systèmes de solidarité qui faisaient le monde d’hier. C’est la nouvelle religion que l’on sert à tout le monde. Quand on se penche un peu sur ses conséquences, c’est soit la guerre des bandes dont parle Attali et le retour à un pouvoir liberticide, ou la révolution et la guerre civile. Pour le moment, on se sent encore bien en France, mais quand ça sera devenu la Grèce, l’égalité deviendra le cadet de nos soucis !

L’entrée de l’individu dans le processus capitaliste comme « ressource » ou « marchandise », ou dans le système technicien comme instrument ou outil technique, soit sa réification (devenir une « chose » exploitable) est profondément liberticide. Beaucoup font preuve d’une grande naïveté et d’une profonde méconnaissance du processus libéral en déconnectant le mariage gay de la PMA et de la GPA. D’autant plus que Bergé, qui obéit à ses intérêts de classe, a fait ce lien préoccupant. La destruction des normes dites « traditionnelles » résulte de choix politiques délibérés. Contrôler l’individu de la conception à la mort programmée, avoir une main d’oeuvre sans racines, sans attachement exploitable à merci : un rêve pour ceux qui détiennent le pouvoir. La descente sera douloureuse quand les psychotropes progressistes et scientistes ne feront plus effet…

Il est bien commode de réduire une « révolution anthropologique » à un débat de bigottes. La morale n’est pas religieuse mais est fondée sur les rapports d’obligation intangibles entre les individus ; la responsabilité individuelle est condition de possibilité de la liberté de tous ; tout déséquilibre ou renversement soudain a un coût social plus ou moins violent. Or, la rationalité instrumentale s’est émancipée du réel. On évolue désormais dans une logique et un champ de valeurs complètement hors-sol. Butler a fait du bon boulot : elle a créé un système idéologique verrouillant de manière très efficace les contradictions. Comme le marxisme, il faudra peut-être une centaine d’années pour qu’on s’aperçoive qu’on a pris une mauvaise voie. La sagesse voudrait que l’on s’abstienne dans le doute. Seulement, le progressisme des uns impose à tous d’aller dans le mur à marche forcée.

On est peut-être pas responsable de ce qu’on est mais on est responsable de ses choix et de ce qu’on inflige aux autres. La liberté (équilibre des droits et des devoirs) ne se définit que par rapport à la notion d’obligation, injonction éthique prépolitique et athéologique. La responsabilité que l’on a en tant que parent est de faire grandir nos enfants dans un cadre stable lui garantissant tout ce dont ils ont besoin, à commencer par la différence sexuelle originelle ainsi qu’un environnement affectif équilibré et durable. C’est ce à quoi sert le mariage. Si elle ne désigne pas ou plus ce pourquoi elle a été instituée, alors la notion de mariage est morte. Si ce qui est norme instituée devient relative, alors la norme disparait. Elle subsisterait dans le vocabulaire commun sans recouvrer aucune réalité. En bref, en demandant le mariage, les gays hériteraient d’une notion qu’ils ont eux-mêmes détruite et qui n’aurait plus aucun sens pour eux comme pour le reste de la population. C’est de cette manière que cette revendication communautaire aurait un impact sur le plus grand nombre.

L’idéologie libérale du libre-choix est destructrice de normes et engendre : l’anarchie selon certains (structure sociale), le nihilisme pour d’autres (perte de sens). Ce que Lipovetsky appelle « l’ère du vide » sur fond de Spectacle (Debord). Elle cherche précisément à s’affranchir de tout ce qui peut la déterminer et réduire le champ de son possible. Si l’enfer est toujours l’autre, c’est bien pour cette raison. Il y a des données naturelles, des réalités observables que les sciences et techniques permettent de contourner. D’où l’essor de la philosophie libérale qui appuie le libre choix sur les potentialités offertes par les techno-sciences. Quand la science vous offre des possibilités que la nature vous refuse, la question du choix responsable (soit le Principe de responsabilité chez Hans Jonas) devient cruciale !

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