Il est à nouveau permis d’interdire !

Il y a de cela presque 45 ans, un déferlement de libertarisme s’est habillé du voile de la vertu et, prenant les armes de la libération, s’est érigé en nouveau Maître, venant remplacer ici les despotes qu’il condamnait, là les idéologies à la face des quelles il crachait. Et, à la façon dont les égouts débordent d’avoir été trop retenus, ce déferlement a laissé sur son passage ce quelque chose de nauséabond, auquel on ne s’habitue jamais réellement malgré tous les déguisements du monde. Un jour, l’odeur devient insupportable et, débordant d’une énergie excessive et dépensière, on s’attaque au ménage avec une sévérité à faire pâlir Madame Thatcher.

Il y a peu, les FEMEN ont cru adéquat, pour exprimer leur anticléricalisme adolescent, de mettre à sac un lieu Saint, aux yeux et à la barbe de la France rassemblée sur les bancs de la Cathédrale aussi bien que sur le canapé de leur salon.

Un combat pour la liberté, semble-t-il, et pour l’égalité des droits. La liberté d’expression d’abord, la liberté de se libérer du joug de l’Eglise ensuite, la liberté de faire du droit l’instrument de la volonté enfin. Il semble qu’il s’agisse-là d’un grand détournement de la Liberté, puisque ces trois libertés invoquées se font respectivement les maquerelles de la liberté de culte, de la liberté de penser et de la liberté au sens large – celle qui accepte que tout ne soit pas régit au nom du droit mais plutôt au nom des notions universelles de la nature et de la morale. Il apparaît que ces muses de la liberté sont en réalité des harpies liberticides : il est immoral d’appeler « bannière de la vertu » un étendard travesti et porté par des mains sales. Ceci est un affront à la liberté !

Derrière un tel affront, il n’y a pas que des individus : il y a près d’un demi-siècle de sape des valeurs sociales, intellectuelles et spirituelles, toutes trois originellement filles de la morale et de la sagesse d’une Histoire pluri centenaire. Un demi-siècle de sape dont les générations actuelles sont le fruit légitime, pas encore mûr et pourtant déjà si pourri. Il s’agit-là d’un déracinement sans précédent, emprunt d’une teinte moderniste, libéraliste et transhumaniste, ayant fait croire à l’Homme qu’il était son propre maître, allant jusqu’à lui faire perdre son humilité devant la nature et son Dieu. Prenant la nature pour ce qu’elle est, un outil au service de l’Homme, ce dernier en a usé jusqu’à l’émousser, sans qu’à un seul instant il ne se rappelle de la sagesse de ses pères pour qui « on reconnaît le bon ouvrier à ses outils ». L’Homme s’est fait le cancre de ce monde et a désormais perdu ce qui l’avait autrefois élevé si haut : le sens du sacré et la sagesse de ses pères. Ceci est un affront à la sagesse et au sacré !

Et l’Homme s’est permis d’investir Notre Dame, ce vestige glorieux d’un passé qui ne l’est pas moins. Non content d’avoir voulu séculariser ce prestigieux édifice divin par son laïcisme, l’Homme a poussé l’affront au point de scander son verbiage haineux et insensé sous ces mêmes voûtes ayant accueilli des siècles de parole divine, de chants sacrés et de prières. Plus encore, ce même Homme a fait trembler les piliers de la terre au bruit de son orgueil, là où tant de confessions ont été soufflées avec l’humilité du repentir. La pierre, qui autrefois l’avait invité au respect, a aujourd’hui servi de refuge à son irrespect. Ceci est un affront aux catholiques et à l’Histoire !

On a vu, dans ce tabernacle érigé à la gloire de Dieu, c’est-à-dire dans le temple saint de la croyance de millions d’hommes et de femmes, une harde de femmes nues. Elles n’ont pas à rougir de leur nudité, cela s’entend – il faut bien s’aimer soi-même et qu’importe le bois dans lequel on est taillé, mais il leur faut rougir de ce qu’elles ont oublié la beauté de la pudeur ; cette pudeur qui fait de leur corps ce même temple saint, réceptacle de l’amour et de la vie et que l’on ne peut traiter, par conséquent, comme le dernier des objets. Et lorsque l’on scande des propos indignes et que l’on fait des gestes volontairement salaces aux yeux des gens qui se respectent encore un peu, c’est que, au-delà de l’irrespect que l’on a pour autrui, on n’a plus de respect pour soi-même. Ceci est un affront à la pudeur !

Croire que se battre contre l’Eglise et le soi-disant puritanisme de la Société est un combat universel et sain, alors même qu’il n’est que le reflet de nos propres idées à œillères, de nos propres turpitudes et de nos propres frustrations irrévérencieusement mises en avant, c’est à la fois un manque de bon sens et un manque de finesse : bref, ceci est un affront à l’intelligence !

C’en est trop et l’odeur s’accroche désormais sur tous les murs. Il est grand temps de le faire ce ménage salvateur, celui qui viendra effacer cette odeur qui nous empêche de respirer, c’est-à-dire qui nous empêche de vivre.

Au nom du libéralisme, et du volontarisme son triste compère, on a ouvert le champ de « tous les droits » et l’Homme n’a plus eu foi que dans une seule interdiction : celle d’interdire. Mais quand cette nouvelle religion n’engendre que la haine contre l’amour, l’irrespect contre le respect, la barbarie contre le sacré, la libre-pensée contre la sagesse et, plus que tout encore, l’aliénation contre la vraie liberté, il est temps de libérer l’interdiction de son joug et du tabou qui l’emprisonne. Et si cette libération équivaut à déterrer la hache de guerre et chercher, plus profond, les pavés qui ont brisés les vitres de la sagesse, alors il ne faut plus hésiter : INTERDISONS !

Interdisons, autant que nous sommes interdits devant les nouveaux chiens de garde dont pas un seul aboiement n’est venu effrayer les malandrins de la république.

Mais peut-être ces chiens de garde ont-ils goûté à la soupe de ces malandrins et ne sont-ils plus à même de les livrer à la roue ?

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