Pouce ! Monsieur le Président !

marche-sur-versailles012Monsieur le Président,

Sans tout-à-fait m’identifier à Martin Luther King, qui n’est pas le seul à rêver, j’ai moi-même fait un rêve. C’était dimanche soir, dans la nuit de dimanche à lundi, celle qui a suivi la journée de manifestation des opposants au « mariage pour tous ».
J’ai rêvé que vous ne nous aviez pas complètement entendu ce jour-là, malgré le tapage qui se fit tout près de votre porte, devant les douves du château de l’Élysée.

J’ai rêvé qu’alors la foule furieuse prenait les armes et se levait d’un bloc contre cette tour d’ivoire derrière laquelle vous vous cachez. Je n’ai pu m’empêcher de colorer mon rêve de quelques teintes historiques et de lambris révolutionnaires ; que voulez-vous, on ne se refait pas et je suis français : c’est-à-dire à la fois poète et révolutionnaire. Je mets du lyrisme et des références sur la scène où se joue le théâtre de ma vie.

J’ai rêvé qu’une troisième manifestation d’ampleur voyait le jour et, dans mon rêve, je la mêlais à la marche des parisiens sur Versailles, en 1789. J’ai rêvé que, par goût du symbole, le collectif de « La Manif pour Tous » emmenait ses ouailles des faubourgs de Paris jusqu’au Château de Versailles, in memoriam de ce peuple mécontent venu crier sous les fenêtres de « notre bon Roy » le besoin qu’ils avaient de manger du pain.
Cette fois-ci il ne s’agissait pas de quémander le pain que Turgot refusait mais de rappeler au successeur de la Révolution, au descendant des Lumières jansénistes que vous êtes, que la voix du peuple, que vous avez tant voulu défendre à des fins électoralistes, s’exprime maintenant pour lui-même et contre le projet de destruction sociale de votre armada socialiste.

Et je voyais ce long cortège de flambeaux, portés droits ainsi que des « i », dans le ciel enflammé et parmi lesquels les bonnets phrygiens, ressortis des greniers, faisaient comme des points interrogeant l’usurpateur. Je rêvais, alors, que la scène était tristement ironique pour notre République.
Que cette foule marcha contre son Président à la façon dont le peuple fut conduit contre son roi était un triste revers historique pour la République Française. Et cette marche ultime prenait fortement les atours d’un match retour de la montée à Versailles et je voyais déjà, avec une horreur amusée, cette banderole cynique : « Messieurs les républicains, vous n’avez pas fait mieux que celui qui repose sans tête ».

Était-ce un appel à couper la vôtre, Monsieur le Président ?

Cette fois-ci, peut-être pas. Ce peuple affamé – de justice sociale et non d’égalitarisme pervers, se proposait de couper la tête à vos idées. Cette fois-ci, Monsieur le Président de « quelques français socialistes », la symbolique aura servi à vous couper l’herbe sous le pied et non à mettre votre tête dans un panier. La foule n’est pas si revancharde pour troquer les paniers à salade de dimanche dernier contre votre royal cortex dans un panier de pique-nique.
Non, Monsieur le Président « contre la normale », cette fois-ci seulement vous y échappez ; parce que je me suis contenté de rêver. Mais la réalité vous rattrapera et cette fois-ci à l’Élysée. C’est là que vous vous êtes planqué. Et rappelez-vous que dimanche vit les français presqu’à votre chevet ! Remerciez donc votre Préfet.

Monsieur le Président il est encore tant pour vous de baisser le pouce à l’encontre de cette loi qui, dans l’arène, n’a la faveur que de la loge de vos amis et la défaveur d’un peuple entier. C’est le temps de la respiration coupée, le silence s’est fait pour quelques temps encore, dans l’attente de ce pouce baissé. À vous d’être impérial et de vous abandonner à la volonté de ceux qui vous ont fait.

Car il n’est pas possible que soit porté au discrédit d’un seul homme – dont la vocation escroquée est de diriger les français, le mensonge, la faiblesse et le déshonneur. C’est un bagage bien trop lourd, dont le pire des hommes lui-même ne voudrait pas.

4 réflexions sur “Pouce ! Monsieur le Président !

  1. Français « en résistance », toi qui n’a connu ni l’oppression, ni l’injustice, si ce n’est celle que tu peux ressentir en lisant ta feuille d’imposition ou ta facture EDF, oses-tu te comparer a ces résistants qui ont souffert, qui ont péris, qui ont perdu leurs proches?
    Oses-tu comparer ton « combat » dans l’imposition de tes idées à leur combat pour obtenir liberté, honneur et respect?
    La révolution se fait avec du sang sur les mains et des larmes sur les joues, et tu ne connais ni l’un ni l’autre.
    La résistance se fait lorsque l’on a plus rien à perdre que sa vie, et la seule chose que tu aies risque c’est de chopper un coup de froid dans ta tente quechua.
    Tu craches au visage de ceux qui ce sont battus, et se battent encore partout dans le monde, aujourd’hui même, pour une vie, une nation, un monde meilleur, plus égal, plus juste, en comparant ton combat au leur.
    Tu n’es pas en résistance, tu ne connais pas ce mot, tu ne le comprends même pas et tu es de l’autre coté.
    Alors par respect pour ceux qui sont morts, qui se sont battus et se battent encore ne confonds pas manif, révolution et résistance.

    • Mon cher Monsieur,

      Il n’est à aucun moment dit que nous sommes ces mêmes révolutionnaires, ni même que nous les valons.

      D’abord parce que, cette fois-ci, nous ne sommes pas l’instrument de la bourgeoisie mais seulement de nos propres idées.

      Ensuite, parce qu’effectivement nous ne baignons pas dans le sang.

      Enfin, parce que même s’il y avait ressemblance, aucune comparaison ne serait à faire entre deux évènements historiques; par nature, chacun est unique.

      Mais je crois bon de vous préciser ce que votre emportement juvénile (touchant de prévisibilité et de dialectique maladroite) ne vous a pas permis de saisir : le peuple français, au même titre que ses peuples voisins est opprimé, aussi bien qu’à la fin du 18° siècle. Bien sûr, les formes d’oppression son différentes mais elles sont là. Il existe toujours un pouvoir en place qui se désintéresse du peuple au profit des plus riches et de ceux qui détiennent déjà le pouvoir. Il existe une oppression des idées par l’imposition d’une pensée dominante dont il est bon de ne pas s’écarter si l’on ne veut pas être jugé. Il existe un malaise et un décalage profond entre les détenteurs matériels du pouvoir et son détenteur « naturel », le peuple.

      Cette oppression-là est toute aussi insidieuse parce qu’elle se pare des mots « Liberté, Egalité, Fraternité » alors même qu’elle pratique « l’ultra-libéralisme, l’égalitarisme et l’individualisme »…

      Alors non, mon petit monsieur, nous ne sommes pas les révolutionnaires de 1789 mais nous sommes des gens révoltés, et, à ce titre-là, aucun lyrisme n’est interdit, d’autant plus contre l’insultante attitude d’un Président dont le gouvernement mène l’humanité vers sa déchéance la plus totale parce qu’il la prive de tous ses repères et de toutes ses conceptions naturelles qui lui permettent habituellement de survivre.

      Pour finir, j’ajouterais que si vous saviez lire entre les lignes (mais je doute que malgré votre foi en l’Education Nationale vous ayez appris cet exercice à l’école de la république) il vous aurait été aisé de comprendre que ce qui est dénoncé ici c’est l’extinction de la République et de la démocratie du fait du peu de morale politique de nos dirigeants; et non ces atours lyriques qui sont donnés au texte pour imager cette dégradation criminelle, qui elle est une atteinte sérieuse à la mémoire de ceux qui, de bonne foi, ont cru combattre pour leur liberté en 1789.

      Laissez aux petits esprits le soin de ne pas comprendre les images, même simples. Cet emportement ne vous met pas en valeur.

      P.S. : je n’attendrais pas, pour résister, d’être au pied de la guillotine. Quand on connait les effets, on résiste déjà contre les causes. C’est d’abord du bon sens, ensuite de la conscience, enfin de la morale. On ne peut pas laisser prêcher le faux surtout quand il va à l’encontre du bien de l’Homme.

      • En résumé, pour éviter une double lecture :

        1. le lyrisme est poétique et n’a donc aucune valeur de comparaison avec des évènements passés.

        2. il s’agit d’utiliser une image pour exprimer l’idée selon laquelle le Président bafoue la République.

        3. Cette même République a été gagnée parle peuple en 1789, qui se faisait lui aussi asservir par une classe dominante

        L’utilisation de l’image (sans comparer outre mesure) est donc à propos pour servir l’idée.

  2. C’est beau !
    un détail cependant : la marche se fera ce siècle-ci dans le sens Versailles-Paris.
    Pour le reste, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

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