Le printemps français verra t’il le jour ?

BastilleDepuis quelques temps, j’entends parler sur les ondes et dans les discussions d’un « Printemps français ». L’expression est chouette mais l’expérience des autres « printemps » ou révolutions botaniques devrait nous mettre la puce à l’oreille : ce n’est pas parce qu’un million de personnes en colère défilent dans les rues qu’elles seront écoutées ou qu’elles représentent une alternative viable à un régime en fin de mandat. L’expérience montre qu’en général le peuple à qui l’on attribue soit toutes les vertus soit tous les vices est en général instrumentalisé par la faction qui veut prendre le pouvoir et relégué rapidement aux oubliettes. Indignez-vous ?

La fleur au fusil

Vous êtes gentils mes petits choux, mais une révolution, si c’est bien ce que l’on veut, eh bien ça se prépare. Depuis 40 ans, l’élite au pouvoir n’a eu de cesse de mettre en place des politiques qui favorisaient la dislocation du corps social. Le débat sur l’identité nationale de Sarko et celui sur le mariage gay ont la même fonction et font le jeu d’une même politique : une radicalisation des communautés qui permet à une classe parasitaire qui a de plus en plus de mal à maintenir sa légitimité, de se prolonger en s’en collant plein les fouilles. Après moi le déluge, comme dirait l’autre.

Ainsi on envoie le français de souche contre l’immigré, le gay victimisé contre le catho intégriste, le travailleur feignant contre le patron dynamique. Autant de catégories simplistes issues de l’imagination du Ceviplouf et de nos très médiatiques « experts » sur fond de « nécessité de réforme » et de « redynamisation de la croissance ». Regardez les « jeunes pousses » des partis politiques débattre sur BFM TV, un petit coup d’oeil suffit pour comprendre qu’elles nous sortiront les mêmes conneries que leurs aînés et ne créeront rien de neuf. Du spectacle. La machine est désormais bien rodée.

Et après la Lanterne ?

Dans monde réel, cette machine s’essouffle et le modèle hyperconsumériste prôné par l’ultralibéralisme arrive à son terme, comme le diagnostique ici le philosophe Bernard Stiegler. Peut-être que les consommateurs, las d’être crétinisés commencent à prendre conscience qu’on se paye leur tête depuis 40 ans, éteignent leur télé et pensent pouvoir être en état de nous refaire 1789. Mais est-ce suffisant ? On peut se cacher derrière un rassurant appel aux armes, mais qui sait s’en servir ? Si le consumérisme toxique repose sur l’exploitation de la bêtise, ne faudrait-il pas inverser la vapeur avant de sortir les fourches ?

Cela ne sert à rien d’envoyer des gens au feu si l’on ne met pas l’idéologie libérale en face de ses contradictions. Et pour cela, pas besoin de grand monde : les libéraux se tirent dans le pied à longueur de temps. Le progressisme montre de plus en plus ses limites, le libre-choix on le voit bien est un facteur puissant d’atomisation du corps social, et de plus en plus de gens prennent conscience que la gauche libérale a renié ses traditions pour servir la finance. Et plus ce pouvoir se renforce, plus les mécanismes de domination qui jusque là restaient cachés apparaissent au grand jour. Mais quelles alternatives avons-nous ?

De l’étincelle à la poudrière

Dans une vidéo récente, Attali la voix de son maître voyait arriver la guerre des bandes gros comme une maison (avec ses avantages sans doute) et précisait ensuite que les puissants allaient être obligés d’imposer au peuple qui n’en veut évidemment pas, un gouvernement autoritaire. Ne leur passons pas le plat. Le corps social est trop délité pour pouvoir mettre en place une action efficace. Ca ne sert à rien d’envoyer des français tabasser d’autres français pendant que les élites dirigeantes se terrent dans leurs planques. Hollande s’est offert de nous désigner du doigt la tête de l’Hydre avant de lui présenter le dos. Allons-y doucement et identifions les têtes.

Certaines commencent à se manifester. On les retrouve à la Manif pour tous comme Coppé, Morano ou Wauquiez. Certains esprits s’échauffent, comme celui de Julien Dray, Pierre Bergé appelle à la bombe, le rabbin Bernheim tombe pour « plagiat »… Sur Internet, des pages appellent à la mort de Frigide Barjot, le ton monte des deux côtés charriant avec lui son lot de frustrations, d’angoisses et d’agressivité. À ce stade, les choses commencent à devenir dangereuses et la moindre petite étincelle pourrait bien venir arranger le gouvernement et tous les pousse-au-crime qui s’ébattent sur les forums.

Une révolution individuelle

Toute mobilisation de ce genre ne sert à rien si elle n’est pas l’occasion pour nous de nous remettre profondément en question. La révolution est individuelle avant d’être collective. Vouloir changer de société, c’est être calmes là où il est facile de s’emporter, proposer un message de paix là où le gouvernement et ses satellites divisent, des gens joyeux là où beaucoup sont ombrageux. On peut diverger sur la question des priorités et la tâche est lourde :  ressouder ce tissu social mis à mal par de nombreux combats politiques, retendre un réseau de solidarité, refonder l’école pour qu’elle instruise plutôt qu’elle n’éduque, donner à chacun la possibilité de se réaliser dans son travail. Se réenraciner…

« La guerre est subordonnée à cinq facteurs, écrit Sunzi, qui doivent être pris en compte dans les calculs afin de déterminer avec exactitude la balance des forces. Le premier est la vertu (moral), le second le climat, le troisième la topographie, le quatrième le commandement, le cinquième l’organisation. » Connait-on seulement bien ces forces ? Dans le cas présent, il me parait plus opportun de développer des stratégies d’évitement à la Sunzi et frapper le gouvernement là où il ne s’attend pas (au portefeuille, les coucou aux ministres) en le laissant se scléroser que de céder à la confrontation clausewitzienne et à la montée aux extrêmes.

Le gouvernement cherche précisément à nous pousser à l’irrationalité, que l’un d’entre nous commette l’irréparable et que les médias jettent ensuite le discrédit sur le mouvement tout entier comme on l’a vu avec le spectre du Gud agité comme un chiffon rouge. Même en restant mobilisés, gardons la tête froide : la révolution peut encore attendre, d’autres nous préparent la route. Pour le moment, un peu d’espérance et de bonne humeur ne feront de mal à personne !

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En supplément : Noam Chomsky appelle à la mobilisation générale.

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