France-Allemagne 4.0

German Chancellor Merkel and French President Hollande stand after a news conference after their talks in the Chancellery in BerlinIl n’a échappé à personne qu’après avoir accusé la droite (de manière partiellement justifiée) de leur impéritie, certains socialistes français n’ont pas trouvé mieux que de s’attaquer à l’Allemagne, cause, paraît-il, de l’incapacité des pays européens du « Sud » à rétablir leur croissance. Les socialistes français miseraient eux, sur la production et l’industrie alors que les Teutons en imposant le « tout-austérité » et en usant de leur place prépondérante dans le cénacle européen, empêcheraient la gauche française de mener la politique sociale promise il y a un an. A première vue risible, cette critique n’est pourtant qu’à moitié fausse.

Il est aujourd’hui admis que François Mitterrand, authentique homme de droite comme chacun sait, et donc, presque malgré lui (et son sens fluctuant de l’éthique), porté à la conservation des intérêts de la France, avait regardé la chute du mur de Berlin comme une catastrophe. En témoigne cette étrange déclaration qui, mais c’est classique en politique, signifie précisément le contraire de ce qu’elle énonce : « On n’a pas le droit d’avoir peur d’événements heureux. La liberté arrive en Europe de l’Est. C’est un événement heureux. Bien sûr cela bouscule mais je n’en ai pas peur. » Il cherche lui-même à s’en convaincre. L’Allemagne, plusieurs fois amputée du fait de sa fâcheuse tendance hégémonique, renaissait, une fois encore.

Point de Bismarck où de Führer, dont on eût pu se méfier à l’avance cette fois, mais un mur, sur lequel s’est cristallisée la jeune et encore incertaine identité allemande. Cette renaissance de l’Allemagne, avec ses 80 millions d’habitants, signait la fin, non pas de l’Histoire, mais de la domination française dans ce coin du monde, et, avec elle, de l’Europe des nations conçue par le général de Gaulle.

Avec Maastricht d’abord, en 1992, qui posa les fondations d’un fédéralisme européen, comme l’avait dénoncé Philippe Séguin : « Que l’on ne s’y trompe pas : la logique du processus de l’engrenage économique et politique mis au point à Maastricht est celle d’un fédéralisme au rabais fondamentalement anti-démocratique, faussement libéral et résolument technocratique. » Comment ne pas comprendre que donner plus de pouvoirs à l’Union européenne, c’était automatiquement mettre l’Allemagne à la tête de l’Europe ?

La chancelière Merkel ne s’y trompe pas, elle, et répète à l’envi la nécessité de construire un cadre fédéral européen, plus commode pour diriger les affaires du continent. La suite, l’euro et le traité de Lisbonne, ne sont que les conséquences de Maastricht. Nous attendions-nous à ce que l’Allemagne, pays le plus peuplé d’Europe et principale puissance économique de l’Union, transige sur ses intérêts ? Dans une Union qui les liait aussi intimement aux autres pays ? Elle l’a d’ailleurs un peu fait, transiger, en consentant à laisser tomber son cher mark. Mais c’était pour mieux imposer un euro fort, obligeant ainsi les autres pays à une course épuisante à la compétitivité. Tout comme elle consent aujourd’hui à « venir en aide » aux « PIGS », quitte à leur octroyer des crédits mortifères.

« Que se passera-t-il lorsque l’outil de la dévaluation ne sera plus disponible en Espagne et en Europe et que l’économie allemande s’imposera partout grâce à ses énormes gains de productivité avec la monnaie unique ? »  s’interrogeait déjà Gerhard Schröder en 1997. Nous Français, plus attentifs aux arguments politiques qu’économiques, étions obnubilés par la symbolique d’une monnaie unique. C’est ce qui explique que les Français y sont toujours favorables en dépit de ses effets économiques catastrophiques.

Pendant que Mitterrand cherchait encore à se convaincre que la chute du mur était une heureuse nouvelle, l’Allemagne, sûre de son bon droit et forte de son économie, se taillait une Europe sur mesure, imposant sa manière de faire et renouant avec une tendance hégémonique qu’on s’imaginait disparue. En vingt ans, l’Allemagne a pris le contrôle de l’Europe sans tirer un seul coup de feu. Au détriment de son propre peuple, qui accepte sans rechigner des salaires misérables pour fabriquer des produits quasi exclusivement destinés à l’exportation. L’Allemagne est compétitive parce qu’elle applique, à son niveau, la méthode chinoise. Pour assumer l’euro, il nous faudrait accepter les mêmes principes. Ce que nous rabâchent d’ailleurs nos économistes et nos réalistes de service, qui n’ont que le tort de considérer la chose souhaitable.

C’est pourquoi il est scandaleux que les socialistes, déjà à court d’idées, rejettent leur incompétence, et pour tout dire leur folie, sur l’Allemagne, qui n’est coupable que d’être ce qu’elle est et de défendre ses intérêts. Nous Français voulons rester ce que nous sommes, un peuple productif mais exigeant, en comptant sur la bienveillance des Allemands pour le garantir.

Il y a là un choix à faire. La zone euro est la chasse gardée de l’Allemagne, et on comprend jour après jour qu’il ne pourra en être autrement. Au lieu de nous fâcher encore une fois avec nos voisins, qui n’ont plus les moyens ni l’envie de nous dominer militairement, cessons d’être lâches, quittons l’euro, et osons défendre nos intérêts, simplement et sereinement.

Sources (entre autres) :

http://www.leparisien.fr/20-ans-chute-mur-de-berlin/acteurs/mitterrand-et-la-crainte-de-l-unification-allemande-19-10-2009-680434.php

http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/revision5_philippeseguin_Maastricht.asp

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