L’antiracisme

Antiracisme1984. Orwell en avait fait l’année de l’antisocialisme soviétique. Mitterrand en a fait l’année de l’antiracisme. Les ambitions du premier étaient la rédaction d’une dystopie dénonçant l’amoralité de l’idéologie, quand celles du second tendaient vers une utopie servie par une idéologie moralisatrice.

Le rêve de l’antiracisme, tel qu’exposé en France au début des années 80, est directement issu d’un conflit idéologique entre ce qui s’appelle alors improprement la droite et la gauche. Là où le patronat, majoritairement capitaliste et libéral, avait imaginé une immigration de masse pour un dumping social, la classe politique au pouvoir, majoritairement socialiste, concrétisait le rêve du patronat sous un vernis humaniste appelé antiracisme. Un paradoxe somme toute assez naturel dans un contexte où la présidence socialiste était incarnée par un homme catégorisé à gauche, idéologiquement de droite.

L’antiracisme permettait de donner un alibi de gauche à un desideratum de droite, car l’immigration comme instrument de productivité nationale[1] est une idée de droite. L’antiracisme, c’est la pommade venant camoufler la plaie gangrénée. Il consiste à déguiser le Noir-à-tout-faire en Noir-travailleur, élite immigrante répondant à la main tendue d’une France humaniste et résolument anticolonialiste, puisqu’elle répare désormais ses erreurs du passé en ouvrant ses portes.

S.O.S Racisme voit donc le jour en 1984, avec à sa tête un lot de trotskistes retardataires, dont Julien Dray et Harlem Désir, incarnant la première instrumentalisation du mouvement par le Parti Socialiste. Dès sa création, S.O.S Racisme se trouve être l’antichambre et le camp de formation des futures piliers socialistes. Ne pas adhérer idéologiquement à l’antiracisme, incarné par S.O.S Racisme, revient à s’insurger contre le pouvoir en place.

Georges Marchais, dans son discours de Montigny-lès-Cormeilles[2] (1981), ne mâchera d’ailleurs pas ses mots en demandant l’arrêt de toute nouvelle immigration – et refuser l’immigration de masse, c’est être raciste ! Grattant le vernis pour restaurer les couleurs d’origine, il montre que l’antiracisme idéologique ne peut pas cacher l’entassement inhumain des immigrés dans des villes ouvrières. Une intervention qui lui vaudra la défaveur du gouvernement en place.

Dès lors, l’antiracisme apparaît comme un instrument de pouvoir, partisan, provoquant la division des français, à tous les niveaux, à la fois selon une logique de classe sociale et d’appartenance culturelle.

S.O.S Racisme, la division de la société

Le fondement même de l’idéologie antiraciste et de ses modes de fonctionnement conduit en réalité à aggraver le racisme lui-même. En faisant campagne pour l’exaltation de la différence, – au mépris du principe républicain assimilateur voulant qu’on se défasse d’une partie de ses racines pour entrer dans la « communauté des citoyens » – elle a souligné plus profondément encore une nouvelle forme de « différence » : le triptyque « black-blanc-beur », incompatible avec la paix sociale.

C’est ainsi qu’Harlem Désir, Julien Dray et leurs sbires, en critiquant le système français, ont permis à une certaine société de se scléroser. En faisant la promotion de la culture d’origine au lieu de renforcer les structures assimilatrices – l’instruction notamment – de la culture d’accueil, elle a renforcé chez les nouveaux migrants les attaches qui les liaient à la terre qu’ils venaient de quitter (algérienne, israélienne ou autre…).

S.O.S Racisme, la haine de l’étranger

Valoriser l’appartenance de l’immigré engendre des tensions multiples et crée toutes les conditions d’un rejet de celui qui cherche à s’intégrer. Partant, les communautarismes prolifèrent et les atteintes aux communautés distinctes se multiplient. On vit dans la crainte et dans la haine de l’autre parce que les différences de l’autre sont attentatoires à nos propres différences, c’est-à-dire à nos propres origines. L’étranger est assimilé au délinquant, au voleur de travail; ce qu’il devient en partie, d’ailleurs, la politique antiraciste ayant eu l’effet d’une méthode Coué auprès des générations issues de l’immigration.

S.O.S Racisme, la culpabilité d’être Blanc

Mais selon les témoignages d’anciens membres de S.O.S Racisme, l’antiracisme de l’association est un antiracisme à double-sens. Le racisme est une notion à sens unique et n’est possible qu’à l’encontre des gens de couleurs ou issus de minorités ethniques et cultuelles. Quant au Français, improprement appelé « de souche », il est quant à lui, bien inspiré d’aller se plaindre ailleurs.

Il y a une culpabilisation forcée du « blanc-bec » qui ne trouve pour explication à cette discrimination que son passé de croisé, de colonialiste et de collabo.

Par ailleurs, c’est ce même processus qui provoque l’apparition en métropole de la notion même de « Blanc », comme un distinguo racial majeur. Où le français « caucasien » n’est plus un « français caucasien » mais celui qui fait partie de cette caste de privilégiés nés avec une cuillère en argent dans la bouche, parmi lesquels on ne croise que des « Blancs » ; oui, car le racisme latent fait que seuls les « Blancs » ont accès au centre-ville quand les gens de couleurs se retrouvent dans leurs cités, au-delà du périphérique. Ceux-là seuls ont accès à l’emploi, ou au poste de cadre. Ce sont encore eux, les « Blancs », qui ont accès aux privilèges.

Sorte de mise en abîme du jacobinisme révolutionnaire qui avait inventé le méchant « aristo ».

En réalité, cette opposition violente n’a d’autre source que cette culpabilisation systématisée par des organes tels que S.O.S Racisme qui, par leur attitude coupable, n’ont eu d’autre effet que de créer un nouvel apartheid qui ne connaissait jusqu’alors d’équivalent qu’au sud de la Méditerranée, c’est-à-dire là où le « Blanc » n’est en fait que celui que l’on distingue des indigènes.

S.O.S Racisme, la classe politique divisée

Instrument de division sociale donc, mais de division politique également. Car le mouvement et ses élites ont réussi à culpabiliser la droite (à l’aide d’un arsenal législatif de délit d’opinion bien rôdé) sur certains sujets faisant d’elle une droite lepénisante : une droite positionnée en vis-à-vis de son cousin malade (le FN), selon une politique défensive, et non offensive. Provoquant du même coup une sorte de campagne paradoxale de promotion du Front National qui s’est vu rejoint par la lucidité de certains quant à cette manœuvre malhonnête, par le dégoût d’une certaine mollesse pour les autres.

Et Baudrillard posera alors la bonne question, en comparant S.O.S Racisme et S.O.S Baleines : l’une cherchant à dénoncer, l’autre cherchant à sauver, n’y a-t-il pas chez S.O.S Racisme une volonté ou une capacité de certains à sauver le racisme pour se donner le plaisir de haïr certains ennemis ?

Ainsi, assiste-t-on à la diabolisation d’un parti d’extrême droite, servant d’épouvantail entre les mains du Parti Socialiste, néo-pourfendeur du racisme. D’une pierre, deux coups : l’ennemi de droite est diabolisé, tandis qu’à gauche le politique est blanchi.

De règle morale qu’il était, l’antiracisme est devenu un véritable instrument de domination politique, prônant la défense des particularismes, engonçant les individus dans leur identité d’origine – avec laquelle ils avaient rompu par déracinement, éteignant toute forme de revendication de l’égalité de droit au profit d’un droit à la différence. Par ce biais, il a stigmatisé des groupes « dominants » et, de ce fait, il s’est trahi puisqu’il est devenu le bras armé de la division nationale.

Partant, il n’est pas étonnant que l’on assiste aujourd’hui à des rixes de rue où un jeune homme[3] trouve la mort pour avoir cru défendre ses idées. Idées qui ne sont pas les siennes puisqu’elles n’existent pas, ou du moins pas vraiment, et qu’elles ne sont que l’apanage virtuel d’une instrumentalisation politique. Le cynisme veut que la gauche fasse une récupération politique de ce qu’elle a elle-même provoqué en incitant à la haine de l’autre.

Et comment lutter contre les gens qui semblent officiellement s’insurger contre le racisme ? Le dialogue se retrouve enfermé dans une dialectique de diabolisation de l’adversaire puisque l’un des interlocuteurs sanctifie lui-même son combat. On verra ainsi Danielle Mitterrand, reconnue pour ses grandes actions humanitaires et son savoir humaniste de militante de gauche, comparer la lutte contre le racisme faite par S.O.S Racisme au mouvement de résistance pendant la seconde guerre mondiale[4]. Dès lors, critiquer l’association revient à soutenir l’idéologie fasciste et à piétiner les droits de l’Homme. Galipette dialectique s’il en est… .

Mais le constat est là : l’antiracisme idéologique n’a servi qu’à cultiver et entretenir des haines entre catégorie sociales et ethniques où chacun est persuadé que l’immigré vole le travail du français de souche, où le red skin est persuadé qu’il déteste le skinhead de droite pour une idéologie qui lui est prêtée. Et plus encore, ce skinhead de droite est peut-être devenu ce raciste que dénonce S.O.S Racisme à force d’avoir eu le cerveau martelé par le discours « méthode Coué » et discriminant de cette institution sectaire.

Peut-être n’avaient-ils pas compris, ces nervis de la démagogie, ce que Saint-Exupéry a voulu dire à travers ces mots :  » Si tu diffères de moi, frère, loin de me léser tu m’enrichis ». Ce qui, dans une relation bipolaire, semble inviter à la communion, à l’échange, à l’oubli. Et non à la cristallisation, à la haine et à la violence.

Une réflexion sur “L’antiracisme

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