L’idylle américano-iranienne et le cocu français

ImageÇa y est. La fameuse détente entre l’Iran et les États-Unis est enfin arrivée. Et comme toujours avec l’Amérique, ce nouveau dialogue passe avant tout par le commerce, premier stade de ses relations avec les nations. Un redoux qui ne profitera pas aux entreprises et à l’industrie françaises, victimes de la politique suiviste de leurs gouvernements.

Les multinationales américaines n’attendront pas l’hypothétique signature d’un accord sur le nucléaire pour se jeter sur ce formidable marché que représente l’Iran : stabilité politique (une rareté dans la région), des villes importantes, près de 80 millions d’habitants, une main d’oeuvre relativement qualifiée, une élite de qualité, une position stratégique de carrefour entre l’Asie et le monde arabe… Il faut le dire, les sanctions internationales n’ont pas seulement pénalisé les Iraniens, mais aussi certaines multinationales importantes. Ces atouts sont d’ailleurs en partie à l’origine des problèmes de l’Iran sur le plan international.

Quoi qu’il en soit, Le Figaro révélait vendredi 4 octobre que General Motors cherchait discrètement  à nouer des contacts dans la République islamique, « anticipant un dégel entre Washington et Téhéran ». On ne s’étonne pas de la précipitation du géant américain. L’industrie automobile s’est toujours développée sur le terreau de la classe moyenne laborieuse, très importante en Iran. Le constructeur de Détroit a commencé à y exporter son modèle sport phare, la Camaro, cet été via l’Azerbaïdjan. Le quotidien ajoute que cette « initiative ne viole pas l’Executive Order Act 13645 signé le 3 juin dernier par Barack Obama. » Cet « act » sanctionne toute entité étrangère qui vend des services ou des pièces détachées aux entreprises iraniennes, mais non pas des voitures complètes. Première victime de cette politique américaine : Renault, qui a produit en Iran 100 000 véhicules en 2012 via ses partenaires Saipa et Iran Khodro.

Des sanctions au nom de quoi ? Du droit du plus fort, tout simplement. Car ce n’est rien d’autre qu’un lobby, le puissant United Against Nuclear Iran, qui a rappelé Renault à l’ordre le 16 juillet dernier, menaçant l’entreprise française de sanctions américaines aussi floues que terribles, on l’imagine. Ce lobby s’était déjà attaqué à Peugeot, lorsque General Motors avait voulu prendre des parts dans l’ancestrale société familiale. L’UANI  avait « insisté » auprès de GM pour que les exportations de pièces détachées Peugeot vers l’Iran cessent. Le silence coupable des autorités françaises lors de ces épisodes en dit long sur la crainte et l’asservissement de notre classe politique. Nos gouvernants préfèrent visiblement sacrifier des milliers d’emplois français plutôt que de ne pas obéir au chantage américain.

Pour seulement 7 % de participation du constructeur américain, Peugeot avait accepté ces conditions scélérates, motivées par une décision politique. L’impérialisme économique dans toute sa splendeur, un cas d’école. Jugez plutôt. On utilise le prétexte politique et pacifiste pour interdire à des entreprises étrangères de commercer. Le temps que ce prétexte politique perde sa raison d’être, et les firmes étrangères ont laissé place nette aux multinationales américaines. Les Américains se cantonnent pour le moment à l’exportation de véhicules finis afin, sans doute, de ne pas faire profiter l’industrie automobile iranienne de ce commerce. L’amitié vénéneuse de Washington est à ce prix : accepter l’invasion des produits américains.

Et ce qu’il faut bien appeler l’impérialisme industriel américain a un coût pour la classe ouvrière française, pénalisée par un gouvernement qui a choisi de se taire sur ce chantage. Car, bien que PSA nie tout lien entre les licenciements d’Aulnay et les conditions de GM, il est difficile de croire que renoncer à près de 450 000 véhicules vendus par an en Iran n’ait eu aucun impact sur le site de production d’Aulnay. Un lien un temps évoqué, puis mystérieusement oublié :

A ce stade, peut-on légitimement continuer à nous comporter en « amis » avec une puissance qui n’hésite pas à exercer un chantage politique et économique qui étrangle notre industrie ?

L’angélisme devenu habituel des autorités françaises en politique extérieure est particulièrement irritant lorsqu’il menace directement nos intérêts économiques et de nombreux emplois sur notre territoire. Si encore l’hégémonie américaine découlait d’une concurrence purement commerciale, il n’y aurait pas grand chose à y redire. Mais les entreprises françaises avaient réussi à s’imposer sur le marché de l’automobile iranien, les accords de Peugeot avec des constructeurs iraniens remontaient même à l’époque du Shah ! C’est bien le diktat politique américain accepté sans contrepartie par les Français qui nous a fait renoncer au marché iranien. Les ouvriers français paient la politique particulièrement agressive de Paris à l’encontre de Téhéran, une attitude qui joue aujourd’hui clairement contre nos intérêts économiques. Quant à l’image de servilité et de ridicule renvoyée par nos dirigeants dans cette affaire, elle aura un impact désastreux sur le pouvoir d’influence diplomatique de la France, déjà bien affaibli.

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