Bonnets rouges et drapeaux roses, une contestation haute en couleurs

hollande-maquillageArticle reproduit avec l’aimable autorisation de Jean-Baptiste Le Roux et la rédaction de Radio Notre-Dame. Source originale disponible ici.

Quel est le rapport entre les bonnets rouges et La Manif Pour Tous ? Sur le papier, a priori aucun. Mais le refus de l’écotaxe poids lourds et celui du mariage homosexuel ont réussi à cristalliser un rejet général de l’exécutif au pouvoir, emportant avec lui une partie de la population, restée neutre jusqu’alors.

Les bonnets rouges, ce mouvement d’agriculteurs, de salariés, de patrons, héritiers de la révolte de leurs ancêtres bretons contre la fiscalité du timbre, sous l’ancien régime, ne désarment pas. Mercredi, après de nombreux coups d’éclats entre démontage de portiques écotaxe et incendie de radars, ils ont lancé un ultimatum au gouvernement, qui a été forcé de reculer en suspendant la taxe poids lourds. Les clauses de l’ultimatum étaient très claires : au-delà de la suspension de cette taxe, ils en demandaient la suppression. Sans quoi ils continueraient les actions coup de poing, quitte à monter sur Paris.

Les bonnets rouges en rupture de stock, pas en manque d’idées

Le gouvernement n’en a pas tenu compte. Et à l’heure actuelle, le mouvement emmené par Christian Troadec, maire DVG de Carhaix, réfléchit à la suite à donner à ses actions. Samedi dernier, à Quimper, les bonnets rouges réunissaient plus de 30 000 personnes selon les organisateurs. A Morlaix, les employés de Tilly faisaient tomber au même moment le portail de la sous-préfecture. Aujourd’hui Armor Lux, principal fournisseur emblématique de bonnets, est en rupture de stock. Il faut donc se l’admettre. La révolution des bonnets rouges est un véritable succès. Et ses membres revendiquent désormais bien plus que la simple suppression de l’écotaxe. En l’occurrence la démission de François Hollande, comme on a pu le voir sur les images des manifestations. Le problème pour le gouvernement actuel, c’est que ces manifestants ne peuvent être rangés sous une boîte, estampillée d’une jolie étiquette « fascistes », « intégristes », « extrémistes ». Même Jean-Luc Mélenchon voit son fond de commerce s’effondrer puisque patrons et salariés luttent, ensemble.

La Manif Pour Tous reprend du service

Quant à la Manif Pour Tous, on la croyait endormie depuis les dissensions entre ses dirigeants actuels et Frigide Barjot, la cofondatrice déchue du mouvement. Pourtant ce jeudi, on ne pouvait pas rater, en passant du côté de l’Opéra Garnier, à Paris, un immense drapeau rose floqué du désormais célèbre symbole du principal mouvement d’opposition contre le mariage homosexuel. Le grand réveil ? Une remise en marche de son activité, certainement. Mercredi soir, les rédactions avaient pu recevoir un mail de l’organisation appelant à une conférence de presse, aujourd’hui, à 11h du côté de l’Opéra, organisée pour dévoiler « les thèmes, le calendrier, les modes d’actions » de la nouvelle campagne de mobilisation de la Manif Pour Tous.

A ce sujet, il faut admettre qu’elle aussi a subi un glissement de ses revendications. De la rue aux réseaux sociaux, en passant par cet immense drapeau rose déposé ostensiblement et volontairement devant les bureaux de Christiane Taubira, tous les indicateurs démontrent aujourd’hui un ras-le-bol des manifestants contre le mariage homosexuel contre le gouvernement. Les arrestations musclées et les violences subies par certaines personnes pendant les grandes manifestations de l’an dernier y sont certes pour quelque chose. Mais l’immobilisme du gouvernement a fini de cristalliser une rancœur désormais tenace.

Les Français excédés par la politique du gouvernement

Ce jeudi, paraissait dans la presse un sondage CSA pour BFMTV qui révélait que les deux-tiers des Français (67 %) se déclaraient prêts à descendre dans la rue pour manifester leur ras-le-bol contre la fiscalité du gouvernement, et son incapacité à prendre à bras le corps le problème du chômage en France, même si François Hollande continue d’affirmer que la fameuse « courbe » s’inversera avant la fin de l’année. Plus personne n’est dupe, les derniers chiffres de l’Insee parlent d’eux-même. Et même si le président de la République continue d’y croire, en façade, il est aujourd’hui bien forcé d’admettre, ayant été élu avec à peine 51 % des voix, que parmi ces 67 % de Français écœurés par sa politique, se trouvent un certain nombre de ses électeurs…

Une seule revendication : « Hollande démission » !

Samedi dernier, à Quimper, on pouvait voir au milieu de cette nuée de bonnets rouges, quelques sweats Manif Pour Tous. Un point peut être anecdotique pour certains mais qui témoigne toute de même de l’interconnexion de ces deux mouvements. La semaine dernière, un article du Point titrait « Quand la France se réveillera, l’Elysée tremblera ». La France d’en bas, celle qui ne côtoie pas forcément les salons feutrés de la République et les troquets du boulevard Saint-Germain, est belle et bien réveillée. Et quoi qu’on en dise, le noyau dur de ces mouvements n’est mu par aucune motivation politique, les partis traditionnels étant exceptionnellement incapables de les reprendre à leur compte. Le pouvoir en place a désormais bien des raisons de trembler. Car, de là à ce que bonnets rouges et manifestants anti-mariage homo descendent dans les rues parisiennes, emportant avec eux une autre frange de la population il n’y a désormais plus qu’un pas…